samedi, juin 21, 2025


SPINOZA

TRAITÉ POLITIQUE

où l’on explique


COMMENT DOIT ÊTRE ORGANISÉE UNE SOCIÉTÉ 

SOIT MONARCHIQUE 

SOIT ARISTOCRATIQUE 

POUR QU’ELLE NE DÉGÉNÈRE PAS EN TYRANNIE 

ET QUE LA PAIX ET LA LIBERTÉ DES CITOYENS 

N’Y ÉPROUVENT AUCUNE ATTEINTE

















LETTRE DE SPINOZA

A UN DE SES AMIS

POUVANT SERVIR DE PRÉFACE AU TRAITÉ

POLITIQUE 



Mon cher ami 

votre bonne lettre m’a été remise hier 


je vous remercie de tout mon cœur du zèle que vous témoignez pour moi et je ne manquerais pas de profiter de l’occasion... si je n’étais présentement occupé d’un dessein que j’estime plus utile et qui j’en suis certain vous sourira davantage  

je veux parler 

de la composition de ce Traité politique 

commencé il y a peu de temps sur votre conseil


j’en ai déjà terminé six chapitres


le premier 
contient mon introduction  

le second 
traite du droit naturel 

le troisième 
du droit des pouvoirs souverains 

le quatrième 
des affaires qui dépendent 
du gouvernement des pouvoirs souverains
 
le cinquième 
de l’idéal suprême 
que toute société peut se proposer 

le sixième 
de l’organisation 
qu’il faut donner au gouvernement
monarchique pour qu’il ne dégénère pas en tyrannie 


je m’occupe en ce moment du septième chapitre où je démontre point par point dans un ordre méthodique tous les principes d’organisation exposés au chapitre précédent

de là je passerai au gouvernement aristocratique et au gouvernement populaire pour en venir enfin au détail des lois et aux autres questions particulières qui se rapportent à mon sujet

et sur cela je vous dis adieu….


cette lettre montre clairement le plan que l’auteur s’était tracé  arrêté par la maladie puis enlevé par la mort il n’a pu comme on le verra conduire son œuvre que jusqu’à la fin du chapitre sur le gouvernement aristocratique



















Spinoza affirme 
l'existence 
d'une seule 
substance 
infinie et éternelle 


à la fois 

Dieu et Nature 

réalité unique qui n'est

ni matière ni pensée 

mais 

pure joie d'être 


position reprise par des philosophes contemporains comme 
Clément Rosset ou Bruno Giuliani























la liberté de philosopher non seulement est compatible 
avec le maintien de la piété et la paix de l’État 
mais davantage 


 

on ne peut détruire la liberté de philosopher 
sans détruire en même temps 
et la paix de l’État 
et la piété elle-même

















la philosophie théorique de Spinoza 

une des tentatives les plus radicales pour constituer une ontologie pure  

une seule substance absolument infinie 

avec tous les attributs les êtres n’étant que des manières d’être de cette substance 

mais pourquoi une telle ontologie s’appelle-t-elle Ethique 

quel rapport y a-t-il entre la grande proposition spéculative et les propositions pratiques qui ont fait le scandale du spinozisme 

l’éthique est la science pratique des manières d’être 

c’est une éthologie non pas une morale 

l’opposition de l’éthique avec la morale le lien des propositions éthiques avec la proposition ontologique sont l’objet de ce livre qui présente, de ce point de vue un dictionnaire des principales notions de Spinoza

d’où vient la place très particulière de Spinoza la façon dont il concerne immédiatement le non-philosophe autant que le philosophe 






























Lodewijk Meyer
 
un des plus proches amis de 

Spinoza 

directeur du Théâtre d’Amsterdam et aux côtés du Léviathan de Thomas Hobbes 

auquel Spinoza ne veut pourtant pas être associé, car Hobbes est un MATÉRIALISTE et Spinoza se défend d’en être un 

il s’oppose même à ce que prétendent ces derniers à savoir que la matière est le principe ultime de tout ce qui existe et que l’esprit se déduit des lois de la matière

mais à son corps défendant son dernier ouvrage paru est désormais associé à celui de Hobbes et condamné publiquement comme  blasphémateur et séditieux 


Spinoza peut-il envisager dans ces conditions la publication de son Éthique presque achevé 

















la République des lettres bruisse de projets de réfutation du Traité théologico-politique

à Paris 
à Leipzig 
à Florence 

Spinoza cependant a bien l’intention de publier son oeuvre majeure 

sa réputation d’hétérodoxe d’hérétique d’athée et même de dangereux penseur radical qui lui a nui auprès de certains savants renommés ne l’a pas isolé

ses vieux amis de toujours comme Lodewijk Meyer Johannes Bouwmeester Jarig Jelles lui sont dévoués 

son réseau d’influence demeure solide 

les savants étrangers de passage ne viennent-ils pas lui rendre visite chez lui dans la maison de Pavilijoensgracht  

il a en outre le soutien indéfectible de Jan Rieuwertsz son éditeur qui est bien décidé à imprimer son Éthique le moment venu

le philosophe hollandais attire aussi la nouvelle génération de libres penseurs et de savants des jeunes médecins des mathématiciens les NATURALISTES contemporains qui fréquentent l’imprimerie-librairie de Rieuwertsz à Amsterdam

Spinoza ne manque jamais de s’y rendre

c’est là qu’il rencontre la relève intellectuelle 

en cet automne 1674 une nouvelle relation se profile prometteuse avec un jeune mathématicien allemand séjournant pour quelques mois à Amsterdam 

par l’entremise de Rieuwertsz un premier échange de lettres a déjà eu lieu engageant 

Spinoza s’intéresse au jeune homme et prévoit de le rencontrer avant la fin de l’année


CS